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Atelier "Artificialisations des sols" 29.05

Atelier "Artificialisations des sols" 29.05


La Maison de l'urbanisme Famenne-Ardenne et Inter-Environnement Wallonie ont eu le plaisir de convier les membres des CCATM, ou les responsables de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme des 19 communes du Nord de la Province de Luxembourg à un atelier "Artificialisations des sols" qui s’est déroulé le samedi 29 mai 2021 de 9h30 à 12h30 sur la plateforme Zoom.

Voici un bref retour sur l’introduction proposée par Hélène Ancion, chargée de projet à Inter-Environnement-Wallonie et autrice du dossier Stop-béton qui a notamment servi de base à l’organisation de cette matinée.

Posté par : mufa
Date :mai 29, 2021

Entrons dès à présent dans le vif du sujet avec cette affirmation « Si on veut lutter contre l'éparpillement dans la campagne, il faut préserver la nature et la convivialité en ville. »

Quelques statistiques et définitions

L’artificialisation des sols en Wallonie, cela peut se représenter comme ceci :

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  • Taux d’artificialisation actuel : 15%
  • Surfaces artificialisées entre 1985 et 2015 : +40 %
  • Augmentation en flèche du résidentiel : +47%
  • Artificialisation au détriment des surfaces agricoles

La définition européenne de l’artificialisation des sols parle d’un ‘changement d'état effectif d'une surface agricole, forestière ou naturelle vers des surfaces artificialisées, c'est-à-dire les tissus urbains, les zones industrielles et commerciales, les infrastructures de transport et leurs dépendances, les mines et carrières à ciel ouvert, les décharges et chantiers, les espaces verts urbains (espaces végétalisés inclus dans le tissu urbain), et les équipements sportifs et de loisirs y compris les golfs’. Ces changements sont généralement considérés comme irréversibles. Voilà pourquoi c’est grave !

 

IEW observe depuis des années la manière dont les nouvelles urbanisations s’installent sur le territoire wallon. Cette urbanisation est dispersée sur l’ensemble de la région et plutôt qu’étalement urbain, peut-être devrions-nous parler d’éparpillement !

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 Source: IWEPS, 2020, Fiche 4: Etalement urbain et périurbanisation

Des représentations

L’artificialisation des sols en Wallonie, peut être caricaturé de différentes manières comme le montre le poster Autant en emporte le territoire dessiné par  Joël et  produit par IEW en 2011 ou encore anticipés comme dans  l’étude prospective pour la révision du Schéma de Développement de l’Espace Regional 2013-2040 (SDER) dans laquelle Pierre Kroll, urbaniste et dessinateur, propose cinq scénarios anticipatifs (pp. 12 et 44).

L’habitat

Environ 18 km² sont pris chaque année dans le stock de terrains non artificialisés. La surface consommée pour se loger (jardin et garage inclus) a augmenté de 40 %, tandis que le nombre de ménages augmente de 20,6 % et la population totale augmente seulement de 10,7%. Chaque habitant occupe, en moyenne, de plus en plus de place.

Référence : https://www.iweps.be/wp-content/uploads/2019/02/NoteMethodologiqueTNUZU_IWEPS_ODT__v2019_1.pdf

L’agriculture

Dans l’équation actuelle, nous avons une agriculture qui a besoin de surfaces. Quand elle est grande consommatrice en intrants chimiques, engrais, pesticides, elle est la voisine pas si verte de maisons et de bureaux ayant voulu avoir une vue verte. Face à l’absence de monitoring des impacts sur la sante, à la précarité foncière des petits exploitants, à la mutation de l’économie de la zone rurale, à la remise en question de nos rapports au territoire, occasionnée par le confinement, quelle nouvelle équation mettre en place ?

Reference : https://www.iew.be/lettre-des-ccatm-no-92-agriculture-durable/

La biodiversité

« L’usage du sol nuit à la biodiversité. » => On pense tout de suite à une nappe de parking en tarmac mais il y a aussi :

  1. La suppression des friches, des vieux arbres, des prairies permanentes, des haies.
  2. L’installation de cultures monospécifiques (exemple : pelouse).
  3. L’entretien « aseptisant » des bâtiments, des clôtures, des cours et jardins.

Les sols non construits peuvent devenir étanches à cause de plusieurs facteurs tels que la pratiques agricoles intensives, le sol laissé à découvert entre les cultures ou encore l’usage de pesticides et de produits « phyto » qui vident le sol de toute vie.

Référence : https://www.wallonie.be/fr/publications/rapport-sur-letat-de-lenvironnement-wallon-2017

Nous sommes entrés dans un cercle vicieux très dangereux. La diminution des services écosystémiques rendus par la nature entraine la diffusion des pathologies, l’aggravation des ilots de chaleur et la domination par les espèces dites opportunistes.

Références : https://www.iew.be/stop-beton-pour-en-finir-avec-leparpillement-de-lurbanisation/ et Sonia Shah « Contre les pandémies, l’écologie »

Les défis sont multiples et urgents : Laisser la nature et les gens respirer et diminuant la consommation de m², en assainissant l’air et supprimant les pesticides. La formule pour bénéficier d’espaces public et d logements de qualité est de cumuler la densité, la mixité, la proximité, la biodiversité et les aménités.

 

Les 8 balises pour freiner l’artificialisation des sols

Dans son dossier Stop-béton, IEW propose 8 balises pour freiner l’artificialisation des sols. Celles-ci doivent servir à analyser la durabilité de tous projets tels que la construction ou la rénovation de bâtiments, l’aménagement d’une voirie, d’un quartier, d’une commune,… L’objectif est de renforcer les relations avec l’environnement bâti, naturel, économique, social, en tenant compte du contexte.

 

Balise 1 : Accessibilité piétonne et en Transport en commun (TC)

Sur base des projets qui sont proposés, plusieurs questions peuvent être posées : La marche et les accès aux transports en commun sont-ils confortables et évidents, à partir du lieu et vers le lieu ? Existe-t-il des accès directs, multiples, variés ? Sécurisés ? Analysez les abords et repérez les obstacles formés par les infrastructures, routières ou autres. Quelle est la distance à un arrêt de TC, sa position dans le réseau, la fréquence, la durée des trajets, les arrêts desservis ?

Statistiquement, on constate qu’en 2019, 60% des wallons habitaient à proximité piétonne d’un arrêt de transport en commun public bien desservi. Mais, entre le 01/01/2012 et le 01/01/2019, 51% de la croissance démographique wallonne a pris place hors des zones d’accessibilité piétonne à ces arrêts.

Source: IWEPS, 2020, Fiche 4: Etalement urbain et périurbanisation

Dès lors quelques pistes d’action peuvent être mise en place :

  • Supprimer tous les obstacles à la marche.
  • Installer et réparer les trottoirs.
  • Améliorer la signalétique et les plans dans l’espace public.
  • Améliorer l’ergonomie et la capacité d’accueil des haltes bus et ferroviaires (places assises, couverture des quais, activités).
  • Afficher les horaires, les arrêts, le réseau, les coûts de transport, et ne pas se contenter d’une version en ligne de ces infos.
  • Universaliser les cartes de transport entre réseaux.

Les participants à l’atelier ont souligné l’existence du site Navetteurs.be et l’initiative menée par le Centre Local de Promotion de la Santé (CLPS) qui a développé des capsules vidéos sur la Mobilité notamment ne lien avec les soins de santé ou l’insertion socio-professionnelle.

 

Balise 2 : Accessibilité des cyclistes, PMR et malvoyants

L’accessibilité doit être prévue pour les cyclistes ET les PMR (notamment les poussettes) ET les malvoyants. Les aménagements doivent être pratiques et accueillants pour tous.

Fini les micro-coupures et les méga-coupures : Bordures, caniveaux, escaliers, barrières,… doivent faire l’objet de concertations en amont. Il faut accepter d’investir plus pour un usage qui dure, privilégier les passages non mécanisés.

Source: https://www.iew.be/fini-les-coupures/ 

Lors de l’atelier, des participants ont évoqué le fait que les petites communes font notamment appel à des bureaux d’études lors de la rédaction de leur Guide Communal d’Urbanisme (GCU) et sont souvent très déçus par les résultats obtenus qui revêtent un aspect trop urbain…  A ce propos, l’exposition Les espaces publics prennent vie est accessible du 21 mai au 19 juin 2021 à la galerie Opéra à Liège. Par ailleurs, ces dernières années, beaucoup d’aménagements faits pour diminuer la vitesse se sont révélés peu opportun. Une attention particulière doit être portée sur ce point-là…

Pour Hélène Ancion, le GCU est un outil indicatif. Il faut veiller à mettre des objectifs tels que ‘Les piétons doivent être en sécurité sur les trottoirs’. Les communes peuvent se faire aider dans la formulation pas des personnes ancrées dans le confort des usagers, des citoyens-usagers, par exemple des associations comme Atingo ou Tous à pied.

 

Balise 3 : Échelle humaine

Une approche est celle de l’échelle humaine qui est basée sur nos perceptions et non sur des chiffres absolus. Cette vision invite à la parcimonie et à la modestie et s’oppose souvent à la mégalomanie, l’uniformité, la simplification ou la monotonie. Elle permet de s’appliquer à toutes les réalités : rez-de chaussée, bâtiments, îlots, distances à parcourir, etc. IEW nous invite à regarder les sites depuis le sol et pas seulement sur Google Earth, à travers des maquettes ou des plans.

Référence : https://www.iew.be/category/thematiques/territoire/echelle-humaine/

Une expérience menée par le comité de riverains et l’association Qualité-Village-Wallonie a été filmée à Charneux (Herve) ou deux enfants avec mallette, une maman avec poussette, et une personne âgée en chaise ou avec sa canne ont été filmés alors qu’ils faisaient le tour du village à pied, en essayent de respecter les circulations prévues pour les piétons. Cela a permis de mettre en évidence les différentes difficultés vécues concrètement (largeur et interruptions des trottoirs, marches, …)

 

Balise 4 : Paysage bâti et non-Bâti

Les paysages sont partout, bâtis et non bâtis. Ils sont une composante essentielle de notre cadre de vie. Alors que parfois nous pouvons entendre « Vous n’appelez pas ça un paysage, quand même ? », il est temps d’accepter nos paysages multiples et d’assumer les ratages pour en faire des lieux où il fait bon vivre!

 

Balise 5 : Rénovation et réemploi des matériaux

Au niveau individuel, il y a de nombreux avantages à la rénovation : possibilité d’échelonner les travaux et d’habiter sur place, auto-promotion, moins de frais de raccordement, 40 fois moins de matériaux.

Au niveau collectif, le bilan environnemental de la rénovation est meilleur. Pour construire du passif, il faudrait 20 à 80 ans pour résorber les émissions de CO2 ! Avec la rénovation, il n’y a pas d’artificialisation du sol. Rénover est incontournable sur le plan patrimonial, ça valorise des savoir-faire, des éléments architecturaux, des métiers et techniques.

Référence : Les fermes-blocs de la FRW

Pour nos participants, il faut toutefois être vigilant au fait que beaucoup de rénovations sont réalisées au profit de secondes résidences ou gites et non pour l’habitat exclusif. Par ailleurs, beaucoup de ces rénovations se font sans permis d’urbanisme parce que les propriétaires ne touchent pas les murs porteurs. On n’a donc pas de chiffres précis en ce qui les concerne. Parfois certaines situations sont régularisées lors de successions. Il est également important de rappeler que des acteurs belges de la construction (Bruxelles, Wallonie, Flandre) se spécialisent dans l’économie circulaire.

 

Balise 6 : Aménités existantes

Les aménités sont les éléments qui rendent un endroit sympathique et créent un attachement au lieu. Dans la mesure où les aménités sont des biens communs, cette balise est une clé de la participation : s’ouvrir aux aménités des autres.

Il est important de prendre au sérieux les riverains dans un projet pour préserver les biens communs. Ce qui motive les personnes à choisir un lieu, c’est souvent une envie de nature, de vues vertes, d’intimité. Donc, ne laissons pas faire n’importe quoi et préservons la nature là où elle est encore !

Pourtant, les participants constatent qu’en CCATM, les situations existantes sont rarement analysées. Dorénavant, il faudrait veiller à prendre en compte les aménités en place ! IEW a d’ailleurs réalisé une carte sensible de Marche-en-Famenne. Pour Hélène Ancion, la réalisation de ce type de carte à l’échelle de petites communes ou de villages peut être une bonne idée de ‘mise au vert’ des Collèges communaux…

 

Balise 7 : Activités économiques existantes

Tout projet d’activités économiques au sens large (commerces, services, agriculture, industrie, mais aussi activités bénévoles, culturelles, etc.) doit veiller à s’insérer dans le tissu économique et associatif existant, pour le renforcer. IEW décode(ra) plus amplement cette balise lors de sa visite à Soignies, des 17 et 24 juin 2021.

 

Balise 8 : Végétation et espaces verts – continuités entre espace naturels

Assurer une continuité entre les espaces naturels, c’est utiliser les ressources locales : les buissons, les haies indigènes variées, les talus, les fossés, les berges naturelles, les arbres morts. Tous les gestes comptent !

Voici quelques pistes :

  • En milieu urbanisé, maintenir et développer les parcs, jardins privés et espaces verts, maintenir les dents creuses et les dernières terres agricoles.
  • En agriculture, se passer de pesticides et d’intrants chimiques, garder la terre couverte, limiter les labours, combiner les cultures, soigner les arbres âgés.
  • En milieu forestier, développer des forêts « familiales», d’espèces et âges mélangés, avec des strates et des lisières.
  • Eviter les cultures monospécifiques (exemple : pelouse). Accepter les trèfles

Les sols devenus étanches contribuent à éroder la biodiversité. Sa diminution a des effets très négatifs sur les sols et sur le régime des eaux.

  1. Les espèces végétales et animales manquent d’espaces adéquats pour s’épanouir et interagir.
  2. Moins de biodiversité signifie moins de « main d’oeuvre » pour travailler le sol, l’enrichir, le rendre à nouveau perméable.
  3. Le sol devient incapable d’assurer des processus naturels comme la décomposition chimique et l’absorption des pluies.
  4. Les habitants se retrouvent dans des situations critiques, aggravées lors des épisodes d’inondations.
  5. Or les intempéries ne semblent pas près de diminuer dans un avenir proche.

Ressource : https://www.iew.be/retrouver-le-sol/

Pour les participants, lors de la présentation d’un permis à la CCATM, dans le cas de déblais-remblais, bien veiller à imposer aux entreprises la nettoyage/désinfection des camions provenant de zones contaminées par des espèces invasives.

Ils signalent également que ce propos sur les produits phyto doit évidemment être nuancé et adapté à la province de Luxembourg où il y a eu une grosse évolution ces 5 dernières années. Le milieu agricole a été fortement sensibilisé. L’outil de travail s’est nettement modernisé au niveau des épandages, des systèmes informatiques avec, pour conséquence, un meilleur respect de l’environnement par rapport aux années 60. Aujourd’hui, les producteurs agricoles travaillent plus dans le respect de la cause animale et agricole.

Conclusion

Dans sa Déclaration de Politique Régionale, la Wallonie souhaite poursuivre les objectifs suivants :

  • Réduire la consommation des terres non artificialisées en la plafonnant d'ici 2025 ;
  • Préserver au maximum les surfaces agricoles ;
  • Maintenir, réutiliser ou rénover le bâti existant ;
  • Localiser au maximum les bâtiments à construire dans les tissus bâtis existants (urbains, ruraux ou périurbains) situés à proximité des services et transports en commun;
  • Restaurer la biodiversité.

Les communes seront encouragées à opérationnaliser les objectifs, via l'adoption d'un schéma de développement pluricommunal ou communal compatible avec la poursuite de la redynamisation de l’économie de la Wallonie tout en assurant les objectifs climatiques de lutte contre l'étalement urbain ;

A notre échelle, nous nous engageons à accompagner nos communes dans ces démarches et sur simple demande de votre part, à venir sensibiliser les membres des CCATM à la thématique du stop béton / zéro artificialisation.

Conclusion

Dans sa Déclaration de Politique Régionale, la Wallonie souhaite poursuivre les objectifs suivants :

  • Réduire la consommation des terres non artificialisées en la plafonnant d'ici 2025 ;
  • Préserver au maximum les surfaces agricoles ;
  • Maintenir, réutiliser ou rénover le bâti existant ;
  • Localiser au maximum les bâtiments à construire dans les tissus bâtis existants (urbains, ruraux ou périurbains) situés à proximité des services et transports en commun;
  • Restaurer la biodiversité.

Les communes seront encouragées à opérationnaliser les objectifs, via l'adoption d'un schéma de développement pluricommunal ou communal compatible avec la poursuite de la redynamisation de l’économie de la Wallonie tout en assurant les objectifs climatiques de lutte contre l'étalement urbain ;

A notre échelle, nous nous engageons à accompagner nos communes dans ces démarches et sur simple demande de votre part, à venir sensibiliser les membres des CCATM à la thématique du stop béton / zéro artificialisation.

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