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Des éoliennes dans mon paysage

 

Après la projection des deux documentaires, place au débat entre le public et les orateurs, Cécile de Schoutheete,Guirec Halflant et Vincent Vanderheyden !

Où trouver la bonne information sur les éoliennes ? Selon Cécile de Schoutheete (CdS), on trouve de tout et n’importe quoi sur le web. L’objectif pour IEW serait d’avoir un site d’information avec un comité scientifique qui valide les informations diffusées. Le site de l’APERE, facilitateur éolien pour la Wallonie apporte des informations utiles.

Aucune éolienne n’est rentable par elle-même, elle l’est uniquement via les certificats verts et les subsides. La Fondation Roi Baudoin a publié dans un rapport sur les énergies renouvelables que celles-ci avaient un impact important sur la précarité énergétique. Quelle est votre position ? L’éolien n’est pas rentable en tant que tel et c’est la même chose pour toutes les énergies renouvelables aujourd’hui affirme Guirec Halflant (GH). Il faut des mécanismes d’appui pour développer ces énergies en parallèle avec une évolution technologique. Cela fait partie de l’équation de ces énergies. Par ailleurs, l’énergie nucléaire a aussi été subventionnée et l’est toujours, notamment en ne prenant pas en compte toutes les externalités dans les coûts.

Pourquoi l’éolien est-il racheté au quadruple du prix de production ? CdS le dit, l’éolien est devenu une technologie moins chère que d’autres technologies traditionnelles. Les nouveaux investissements dans des technologies traditionnelles comme le gaz et le nucléaire ne sont pas non plus rentables. Or, nous devons sortir du nucléaire dans les prochaines années. Il faudra donc investir beaucoup dans des nouvelles unités de production, renouvelables et non-renouvelables (gaz). La question est donc surtout de savoir comment répartir ce coût entre les différents types de consommateurs : ménages, ménages avec des panneaux photovoltaïques, industries, etc.  Le prix sur le marché de l’électricité est aujourd’hui de 35-40€/MWh et le prix du certificat vert est de 65€/MWh.

Le seul critère actuel est l’économique. Le paysage c’est toujours une question de goûts et de couleurs. Souvent caractérisé de beau paysage mais existe-t-il des critères pour qualifier la beauté ? C’est très subjectif et nécessite débat et compromis. Il faudrait donc remplacer les critères objectifs par une concertation et un échange. L’analyse paysagère a beaucoup évoluée selon Vincent Vanderheyden (VV).  Il y a plusieurs années, les travaux d’analyse paysagère, dont ceux de la FUL, reprenaient une série d’éléments pour déclarer un paysage comme beau notamment en prenant en compte la présence d’eau, du relief et en tentant d’objectiver ces critères. Aujourd’hui, les critères sont plus subjectifs via la perception des citoyens et plus seulement celles d’experts. Nous sommes donc dans une approche plus citoyenne . Pour plus d’information, nous vous renvoyons à la convention européenne du paysage de Florence, 20/10/2000

Comment les citoyens peuvent-ils participer à un projet éolien ? Une idée est d'intervenir au départ de la conception du projet et avec l’appui de personnes plus expérimentées en termes de paysage (VV)

GH ajoute que la beauté du paysage n’est qu’un aspect. Si nous prenons la phrase « cela ne sert à rien », la clé de la concertation est de travailler sur le modèle de projet que nous voulons et de communiquer fréquemment avec des professionnels pour les explications plus scientifiques.

Un projet éolien, c’est un aller-retour en termes d’information avec la population tout au long du processus :

La réunion d’information préalable à l’étude d’incidence où les citoyens peuvent définir des critères sur lesquels l’étude doit se baser, dont notamment les critères de paysage.

L’étude d’incidence recueille et étudie tous les aspects sur lesquels le projet a des conséquences.

Lorsque celle-ci est terminée et que le projet est déposé, il y a bien entendu l’enquête publique où le citoyen peut encore donner son avis.

Beaucoup de problèmes viennent d’une non acception du projet qui vient de l’imposition et du fait que c’est un promoteur qui va recueillir tous les bénéfices suite à son implantation.

Les paysages du film sont plus grands, plus dégagés. Le paysage est ressenti différemment suivant l’éloignement. On est plus sensible si l’éolien est proche. Si nous prenons le placement d’une éolienne, celui-ci rapporte au propriétaire terrien environ 30 000 € par an soit beaucoup plus que les revenus d’un bail à ferme. Mais les citoyens proches eux ne reçoivent rien et ce sont eux qui ont les désagréments. L’approche éolienne est donc amorale. A cela s’ajoute la dévaluation des biens immobiliers à proximité. Les pieds d’éoliennes sont taxés au niveau communal, et donc rapportent à la collectivité certifie CdS. Le mât éolien pourrait aussi faire l’objet d’un budget participatif où les citoyens pourraient proposer et choisir des projets pour leur collectivité financés avec les revenus de cette taxe.

Il existe une forme d’injustice distributive entre les revenus de l’éolien qui ne profitent pas à ceux qui sont impactés négativement. Il faut aussi donner une vision positive des éoliennes aux riverains par le fait qu’elles contribuent à diminuer les GES (gaz à effet de serre). Cela ne règle pas toute la question.

Les coopératives citoyennes permettent d’avoir des retombées financières pour les citoyens mais ce n’est pas à la portée de tous même si le montant des parts dans les coopératives est généralement faible

GH nous fait l’écho d’une expérience d’un projet pas compliqué mené par la coopérative Vent du Sud à proximité d’Arlon et qui n’a pas suscité d’opposition marquée. L’intérêt de l’approche citoyenne, plus proche des riverains est vue très positivement sans toutefois répondre à toutes les questions. L’objectif étant de prendre en compte le mieux possible les attentes et remarques émises en participant à la gestion. L’utilisation des bénéfices est décidée en commun soit par une redistribution des dividendes, soit pour diminuer la précarité ou encore en formation. La prise de capital nous permet d’avoir notre mot à dire dans la gestion et d’obliger l’arrêt des éoliennes à certains moments (ex : envol des chauves-souris ou migrations oiseaux,…). Cette participation fait aussi la différence dans les relations avec la commune.

La densité d’éoliennes dans le paysage peut gêner. Personnellement, d’un point de vue paysager, elles sont là et ne me gênent pas mais je n’en ai pas les nuisances. Celles-ci sont présentent aussi, il me semble que quand il y a  une participation citoyenne, le consensus est plus facile. N’est-il pas utile de travailler l’intégration maximale des éoliennes dans le paysage ? Les éoliennes font plus de 100m il n’est donc pas possible de les rendre invisibles atteste VV. Il faut prendre en compte le paysage existant pour viser la meilleure insertion, notamment en fonction des grandes lignes du relief. Ex, l’Ardenne est une succession de crêtes et de vallons, il faut y travailler sur la composition interne du parc pour plus d’harmonie. En Wallonie, la règle est généralement d’avoir 5 mâts par parc d’avoir un minimum de 600m entre un mât et une habitation. Nous ne pourrions pas avoir un parc comme dans le film de 20-30 éoliennes.

Appui sur le paysage est un moyen de réfléchir pour l’implantation des éoliennes. Quand on parle d’éoliennes, tout le monde devient paysagiste mais personne n’a les clés. C’est souvent l’irruption de quelque chose de nouveau qui pose question. Il faut avoir des informations, des outils de compréhension pour l’implantation de nouveaux éléments dans le paysage. Est-ce un rôle pour les communes ? Sébastien Este, du PNDOP, ajoute que c’est le rôle du Parc Naturel. Le PNDO a rédigé une ligne de conduite et la rédaction d’une charte paysagère est en cours. Masi il n’y a pas de paysagiste dans l’équipe.

La coopérative Lucéole a été créée en 2010 suite à un projet industriel d’éoliennes. Plusieurs réactions étaient possibles : opposition nette ou prendre le train en marche en imposant la participation. La Wallonie a le cadre éolien le plus favorable en termes de participation en comparaison avec d’autres pays. Nous sommes donc devenus partenaire du projet. Certes il y a une part de frustration car beaucoup de contraintes urbanistiques et mécaniques existent ce qui fait que le territoire possible se restreint. La participation citoyenne n’est pas une invitation à tout accepter mais elle permet de forcer les spécialistes à réfléchir et à expliquer les choses plus clairement mais c’est les citoyens qui vivent dans le paysage. Cela passe par un compromis si on veut implanter une éolienne à un moment et à un endroit donné. On peut accepter et la commune aussi si le promoteur est capable de faire aussi un pas de côté et/ou de modifier son projet. Il faut parfois prolonger le processus pour tomber sur un compromis entre toutes les parties concernées.

Le milieu rural n’est-il pas un atout pour le développement des énergies renouvelables ?

C’est un enjeu de base, il faut passer de la production centralisée et concentrée dans une petite partie du territoire à une décentralisation de la production solaire, éolienne ou autre énergie renouvelable. Une multitude de petites turbines de production voient le jour. Le milieu rural avait perdu la perception de la production d’électricité. C’est donc un enjeu économique pour le milieu rural qui dépend du montage financier. C’est positif pour un développement plus massif s’il n’y a pas privatisation des bénéfices et uniquement les nuisances et contraintes pour les habitants et le voisinage. Il y a une multitude de contraintes pour implanter des éoliennes, souvent ce sont des petits parcs limités par la distance au réseau électrique, aux maisons soutient GH. Le potentiel éolien, solaire, biomasse est intéressant dans une démarche de transition agricole. Ce sont des sources d’activités économiques importantes pour le rural. Les projets sont peu négociables point de vue paysager. Il faut plus de discussions avec la population pour mieux comprendre le paysage et rendre possible une acceptation.

Le milieu forestier pourrait peut-être mieux dissimuler les éoliennes par une canopée à hauteur variable en restant sous le contrôle du DNF et des gestionnaires de réserves naturelles. Aujourd’hui, la région autorise les éoliennes en forêts à certaines conditions mais justement en fonction de la hauteur de la canopée, les mâts devront être plus élevés pour assurer cette distance entre le rotor et le sommet des arbres (GH).

Je vis entre deux parcs d’éoliennes qui personnellement, ne me posent pas de gênes mais j’en suis assez éloigné. Dans l’ensemble des nuisances, le visuel est-il la plus grande contrainte ? Ne faudrait-il pas plutôt mettre en avant les avantages et les inconvénients ? L’impact visuel est là et on ne peut pas lutter contre. Ne faut-il pas parler de tolérance au lieu de nuisance.

Quel est l’enjeu du développement des énergies renouvelables ? Selon CsD, c’est de lutter contre le réchauffement climatique et en atténuer les impacts. L’objectif est de limiter à 2° l’augmentation de température (idéalement à 1,5° mais c’est déjà trop tard) pour limiter les impacts sur lesécosystèmes et les population qui en dépendent. La banque mondiale nous dit dans un rapport que si on maintient la même tendance d’évolution de la température, il y aura 140 millions de réfugiés climatiques de par le monde en 2050. Ce n’est pas pour cela qu’il faut mettre des éoliennes partout et n’importe comment, il faut combiner les modes de productions renouvelables et limiter leurs impacts négatifs. « Certains trouvent ça moche mais ça sauve des gens ! » c’est cela l’enjeu sur lequel il faut discuter.

Je suis étonné que vous ne disiez pas que les éoliennes doivent être couplées avec des centrales au charbon ou au gaz car les éoliennes ne tournent pas toujours et ces centrales doivent prendre le relais.Quand les éoliennes tournent les centrales au gaz sont en pause et n’émettent plus de CO2. Même si les centrales au gaz tournent avec un rendement inférieur à cause des éoliennes, le bilan CO2 des éoliennes reste largement positif. Des simulations (avec des historiques météo) sont étudiées qui montrent qu’un approvisionnement électrique 100% renouvelable au niveau européen tient la route (couplé avec des interconnexions, du stockage, etc) confirme CsD.

Dans toute production d’énergie, il y a un impact sur le paysage. Les centrales nucléaires ont aussi un impact et ont même donné un type de nuage, les parcs de panneaux photovoltaïques, ce n’est pas beaux non plus. Donc quel que soit l’outil, il y a un impact négatif. Veut-on des panneaux solaires sur les toits des églises, des châteaux ? La question est plus globale.

Il y a 3-4ans, le gouvernement wallon nous parlait que la priorité était de mettre des petites éoliennes le long des autoroutes et chemins de fer. Où en est-on ? J’ai le sentiment qu’on n’est nulle part.

GH : La technologie n’est sans doute pas au point ou/et trop chère pour fonctionner à un niveau industriel et rentable.

VV : Si on parle de paysage, c’est positif de s’appuyer sur des milieux déjà dégradés tels que les autoroutes et zones industrielles.

Pourquoi les autorités ne donnent elles plus d’aides pour isoler les habitations, cela entraineraient des économies et donc une diminution de consommation électrique.Véronique Meeus (courant d’air) atteste qu'au Danemark, la mise ne réseau des éoliennes permet de se passer du thermique. En Belgique, les Turbines Gaz Vapeur pourraient faire le relais. En Allemagne, on est passé par le charbon mais sa part diminue progressivement. Une conférence sur la coopération énergétique a eu lieu à Eupen en 2017, le rapport est disponible sur notre site.

Engie electrabel a également publié une étude où elle montre que 100% électricité renouvelable est possible.

Nathalie Monfort, échevine à Habay et chargée de l’énergie au Parc Naturel de Gaume a participé dernièrement à une journée sur le pacte énergétique en Wallonie.

Les primes à l’isolation vont augmenter mais la partie électricité ne va pas diminuer globalement car développement des voitures électriques, des pompes à chaleur. L’éolien est un élément du programme de gestion et de production de l’électricité. Dans des zoning, éolien et photovoltaïque coexistent et permettent en partie de stocker l’énergie pour gérer les besoins des entreprises. La gestion du réseau est primordiale. En ce qui concerne les petites éoliennes le long des autoroutes, la SOFICO a choisi la solution des grandes éoliennes sur des aires autoroutières. Les marché ont été attribués en 2017 et 2018.

Qu’est-ce qui empêche un promoteur privé de revendre son parc éolien à un investisseur chinois ? L’enjeu du développement éolien doit se faire avec les citoyens pour ne pas être dirigé par d’autres pays.GH : le citoyen a le choix économique de sa consommation énergétique. Il doit penser efficience énergétique, consommer moins et plus propre.

 

En conclusion :

Les parcs éoliens présentent différents atouts et faiblesses et posent question sur certains aspects :

Atouts :

·         Valorisation des caractéristiques des milieux ruraux : espaces disponibles et faible densité de population.

·         Diversification de l’approvisionnement énergétique ;

·         Diminution de la production de CO2

Faiblesses :

·         Dégradation des paysages.

·         Déflation de la valeur des biens

·         Manque de retombée financières

Face à ces différents constats, il ressorts des discussions qu’il est nécessaire de travailler selon deux axes d’efficiences : la consommation et la production.

Axe consommation : les deux axes principaux de consommation sont les bâtiments et les transports. Il est nécessaire de faire des économies en isolant mieux les bâtiments et en modifiant les habitudes de consommation pour diminuer celles-ci.

Axe production : il est nécessaire d’informer objectivement les citoyens sur l’énergie éolienne. Si un projet devait être initié, y faire participer la population dans la co-construction de ce projet. La faire participer au débat et au choix des localisations. Donner des outils pour interpréter le paysage et permettre les bons choix pour une meilleure intégration possible.  Enfin, ne pas privatiser les bénéfices et faire en sorte qu’ils profitent localement : participation financière des communes et des citoyens : taxes et coopératives locales. Utiliser les possibilités participatives du cadre éolien.

 

 

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